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Clin d'oeil historique

Le Palais du Peuple de Brazzaville

L’actuel palais présidentiel congolais, ou Palais du Peuple, est sans doute l’un des monuments essentiels de Brazzaville, par son ancienneté et sa qualité architecturale.

Vue du Palais du PeupleLe palais s’élève au centre du quartier du Plateau, petite colline étroite où, avant l’arrivée de Pierre Savorgnan de Brazza, se trouvait une modeste agglomération composée par les logements des esclaves du chef traditionnel du bourg pré-colonial de Mfa (ou Mfoa) situé prés de l’actuelle Mairie Centrale. En 1884, Charles De Chavannes, compagnon de Brazza, précisera même qu’il y avait là, sensiblement entre le palais que nous connaissons et le milieu de la place du Gouvernement, 17 cases. Nous savons que le peuplement du site de Nkuna, qui deviendra Brazzaville, était teke; ces cases étaient donc sans doute issues des techniques propres à cette culture: plan quadrangulaire avec élévation demi-cylindrique utilisant bois et raphia. Des cases semblables subsisteront non loin du port de Yoro (Mpila) jusqu’en 1954.

Si le poste de Brazzaville est fondé le 3 Octobre 1880 à l’embouchure de la Mfoa, ce n’est qu’en 1882 que le site de Nkuna prendra le nom de l’explorateur, site qui était déjà densément peuplé par plusieurs milliers de pêcheurs et de commerçants Batéké et Bakongo. Il faudra encore attendre deux ans pour que De Chavannes exproprie le village des esclaves du chef Nguia et construise en Septembre 1884, au centre de l’actuelle place du Gouvernement, la première maison de la future capitale, petite construction de bois et de chaume au toit à quatre pans qui disparaîtra dès 1903.

En 1901 les autorités coloniales françaises décident de doter Brazzaville, agglomération alors distendue et bien vide, d’un palais destiné au gouverneur du Congo Français. A 170 mètres à l’ouest de la première case on élève alors une belle construction de deux niveaux ouverts par des circulations aux multiples arcs surbaissés et dont l’étage est desservi par un escalier extérieur. C’est la partie centrale du palais actuel. Cet édifice était conforme aux canons de l’architecture coloniale alors en vogue dans les régions tropicales, des Antilles à l’Afrique Noire et aux Indes: un corps central enveloppé de vérandas ouvertes permettant une ventilation naturelle. Utilisation de la briquette produite localement, et du bois.

Devenue capitale du Congo Français en 1903, de l’Afrique Equatoriale Française en 1908, et dotée d’une Commune en 1911, Brazzaville s’installait doucement dans la durée, malgré une population très réduite: en 1900 la ville ne comptait que 3 800 Africains, et 248 Européens dont 7 femmes (les Sœurs de Cluny arrivées en 1892!)… Jugeant la résidence du Gouverneur de l’AEF bien petite, l’administration décide de bâtir un nouveau palais dont le projet est confié à l’architecte Paul Boyer; ses études aboutissent à un édifice de type parisien post-haussmannien alors très prisé en France mais… trop coûteux. Heureusement, car le parti adopté par les autorités va produire une vraie réussite esthétique.

Au lieu de remplacer le palais de 1901, on l’agrandit de deux ailes latérales en rez-de-chaussée et on harmonise le décor, sobre et élégant: les arcades des vérandas sont fermées par des volets à persiennes, les piliers qui les séparent sont ornés de faux pilastres, les toitures autrefois débordantes sont mises en retrait derrière une balustrade ajourée décorée aux angles de «pots à feu» sculptés. Des oculi aveugles s’intercalent entre les arcades de l’étage. On ajoute également un élégant porche en avancée à pans coupés surmonté d’une petite terrasse pour d’éventuels discours officiels.

Les travaux sont achevés en 1914, et l’édifice ne connaîtra plus de changements majeurs jusqu’aux dernières années du XX°s. En 1944 le Gouverneur Bayardelle fera agrandir vers l’arrière la partie centrale, heureusement sans toucher aux façades Est; ces travaux, menés par le génial Roger Erell (Basilique Sainte-Anne, Case de Gaulle, Trésor Public, Stade Eboué…) ne sont pas la plus belle réussite de cet architecte. Au sud du palais, le long de la vieille rue Lamothe, sont construits de beaux annexes dans les années vingt et trente. Ils subsistent encore, assez bien conservés.

Après l’indépendance, le Palais du Gouvernement Général de l’AEF devient résidence présidentielle et subit sous Marien Ngouabi une première atteinte à son architecture : les arcades sont obturées et remplacées par des fenêtres… rectangulaires! En 1982, sous Denis Sassou N’Guesso, une excellente restauration gomme ce désastre et rend son lustre au palais, agrandi au sud par une salle moderne dont la façade reprend le décor du vieux bâtiment.

Vue partielle côté ouest du jardin du Palais du Peuple

En 1994 le président Lissouba fait ajouter au palais un auvent monstrueux qui déséquilibre l’harmonie de la façade; la reprise, pour cet auvent, des motifs décoratifs des parties anciennes n’améliore pas les choses. Il serait souhaitable de supprimer cette adjonction.

Restauré après les bombardements du conflit de 1997, le Palais du Peuple de Brazzaville est un très rare exemple de continuité historique en Afrique: il est le siège officiel du pouvoir politique au Congo depuis plus de cent ans.

Dans ce palais se sont succédé plusieurs personnages historiques majeurs, comme Félix Eboué, qui y logea avec son épouse de 1940 à 1944, ou Ngouabi au début de son parcours à la tête de l’Etat. C’est dans ses murs que le gouverneur vichyste Husson fit sa reddition aux Forces Françaises Libres de Charles De Gaulle en 1940. C’est devant cette façade que la foule des manifestants conduisit Fulbert Youlou à la démission en Août 1963.

Noter au passage que l’allée qui part du portail du palais droit vers l’Est est l’ancienne rue Edouard Renard, la plus ancienne voie de Brazzaville, ouverte sans doute dès 1884 pour relier le poste naissant au Wharf dit «de la Briqueterie», au bord du Congo. Elle fut coupée dès 1934 par le premier Tennis-Club.

H. BRISSET-GUIBERT

Diplômé d’Etudes Approfondies en Histoire

Poitier (France)

Pour ajouter à cette belle note de Monsieur Brisset-Guibert nous pouvons dire simplement que le Président Massamba Debat  qui a succédé à l’Abbé Fulbert Youlou y a habité. Le Président NGouabi n’y a pas habité mais en a fait son cabinet de travail. Le Président Denis Sassou Nguesso a habité le nouveau palais construit à côté du tennis club et a fait du palais du Peuple son cabinet de 1982 à 1992. Quant il a quitté les affaires, le Président Lissouba, son successeur, y a habité et travaillé après les aménagements évoqués plus haut par Monsieur Brisset-Guibert.

Ce lieu d'activités des Chefs d’Etat qui se sont succédés depuis l’indépendance du pays en 1960, a abrité plusieurs rendez-vous historiques. Au nombre desquels, Les négociations de la réunion quadripatite de Brazzaville le 4 avril 1987, qui ont abouti à la signature du "Protocole de Brazzaville" le 23 décembre 1988, Accords de paix entre les gouvernements de l’Angola, de Cuba et de l’Afrique du sud sous la médiation des Etats-Unis d’Amérique.

Ce protocole signés en présence du président Denis Sassou-Nguesso, a permis le retrait des troupes cubaines de l’Angola et des troupes sud africaines de la Namibie, et l’indépendance de la Namibie.

Des hôtes de marque sont également passés par le Palais, parmi lesquels Kofi Annan et Ban Ki Moon ancien et nouveau secrétaire général des Nations unies.

La Communication Présidentielle